jeudi, octobre 28, 2021
Accueil SOCIETE Journée Tolérance zéro aux MGF/E: quatre questions Aminata SY, Présidente de l’ASAFE,...

Journée Tolérance zéro aux MGF/E: quatre questions Aminata SY, Présidente de l’ASAFE, une descendante d’exciseuse qui lutte pour l’abandon de l’excision à Dakar et dans le Fouta

1-Au-delà des efforts faits en matière de sensibilisation et de l’existence d’une moi interdisant formellement la pratique des MGF, y a-t-il une réelle évolution de la situation ?

Il y a une nette évolution. Avec la sensibilisation, on parvient à avoir des résultats positifs. La loi a aussi amené certains à avoir peur et à cesser la pratique. Néanmoins, on constate beaucoup de résistances. Certaines communautés refusent d’arrêter parce que pour eux c’est une tradition et une recommandation de l’Islam donc elles ne peuvent pas abandonner. D’autres, pour échapper aux sanctions prévues par la loi, adaptent d’autres stratégies de contournement par exemple, elles n’attendent plus que la fille ait 5 ou 7 ans, elles excisent la fille quand elle est encore un nourrisson, trois mois au plus, avec les ongles même et font croire qu’elles ont arrêté. Même quand tu viens vers elles pour faire exciser ta fille, elles te disent dans un premier temps qu’elles ont arrêté et n’acceptent que quand elles sont sures, après une enquête, que tu n’es pas venu pour leur causer de problèmes. Pour certaines communautés, il n’est pas question d’arrêter même s’il existe une loi interdisant l’excision. C’est pour cela que je dirais que même si on compte des évolutions, c’est moindre par rapport aux attentes.

 

2-Quels sont les principaux obstacles auxquels vous êtes confrontés dans la lutte ?

Moi personnellement, mon premier blocage se trouve être le fait que je sois issue d’une famille exciseuse dont je suis de la sixième génération, et que normalement je dois perpétuer la tradition. Mes parents ont mal pris ma décision de lutter contre les MGF, certains même disaient que j’ai été payée par des étrangers pour ça, pour d’autres, j’ai perdu mes valeurs ancestrales. N’empêche, j’ai quand même continué mon combat et aujourd’hui non seulement mes filles n’ont pas été excisées mais j’ai aussi amené certaines de mes sœurs à faire de même. Je suis soutenue dans ce combat par mon mari qui est du même avis que moi. Les moyens financiers aussi font défaut même si ce n’est pas ce que nous recherchons dans ce que l’on fait nous en avons besoin. Il y a un travail à la base à faire comme la sensibilisation, les causeries, les débats, les visites à domicile, aller dans le Fouta. Tout cela demande des moyens financiers malheureusement, on n’en a pas. Le manque de ressources et de financement est un réel obstacle pour l’atteinte de nos objectifs. En outre, nous soulignons qu’il n’y a pas de suivi dans le travail fait à la base, certains viennent nous voir mais généralement, on ne les revoit plus après le premier contact ou quand ils ont toutes les informations dont ils ont besoin. Le fait que les autochtones ne soient pas trop impliqués par les organismes étrangers dans la lutte est aussi à souligner. On ne peut pas entrer dans une maison sans passer par la porte ou alors on y accédera très difficilement. De la même manière, la lutte contre l’excision ne peut pas se faire sans l’implication des personnes qui font parties de ces ethnies.

 

3-Pourrions-nous connaître le cœur de votre cible ? Autrement dit, quelles sont les parties du pays où les segments de la population qui s’adonnent encore à ces pratiques ?

A Dakar, il y a des communautés qui le font toujours, par exemple il y a des statistiques de l’EDS qui ont révélé dernièrement une croissance notoire du taux de l’excision à Guédiawaye où il y a une forte concentration de ces ethnies pratiquantes. Dans la région du Fleuve aussi, à Fouta que je connais bien, certaines communautés continuent toujours à le faire malgré les déclarations d’abandon, les sensibilisations ou les lois. Mais quand on n’a pas les moyens qu’il faut, il est difficile d’aller parler à tout le monde et de faire le travail comme il faut.

 

4-Pour finir, vous avez-vous-même été victime des MGF, si vous deviez lancer un message au nom de toutes les femmes qui ont subi des MGF, lequel serait-il ?

Si un remède crée des problèmes encore plus graves que ceux qu’ils étaient censés résoudre, je pense que ce n’est plus la peine de le faire, il vaut mieux l’arrêter. On a dépassé les temps où l’excision pouvait empêcher aux filles de perdre leur virginité ou de tomber enceinte, moi je vais souvent dans le Fouta et je sais bien de quoi je parle. Les parents doivent savoir que le plus important c’est de parler avec les enfants, de se rapprocher d’eux et de communiquer plus avec eux sur la vie avant qu’elles ne le fassent elles-mêmes à travers internet ou des amis. Je profite aussi de cette occasion pour lancer un appel aux bailleurs de fonds et organismes en leur disant d’impliquer encore plus les originaires des ethnies ciblées et les chefs religieux. Il y a des chefs religieux qui m’ont dit qu’ils sont prêts pour faire un plaidoyer basé sur la religion pour participer à la lutte et atteindre Zéro Excision d’ici 2015 comme prévu dans le plan d’action national.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -

Les plus populaires

Femme rurale et Covid-19 : Des stratégies pour trouver des pistes de résilience

Ce vendredi 15 octobre 2021, sera célébrée la journée internationale des femmes rurales. Pour cette année, en réponse au contexte lié à la crise...

Emploi Des Jeunes: Quel Secteur Pour Résoudre L’équation?

Le chômage est la  première force d’opposition contre les régimes politiques au Sénégal, vu l’importante frange de la population frappée par le phénomène. De...

Conseil Présidentiel sur l’insertion et l’emploi des jeunes : la DER doit changer radicalement de paradigme !

La Délégation à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ), objet de toutes les critiques ces derniers jours devait pourtant recevoir des encouragements...

Seynabou Dia parmi les 40 femmes africaines les plus inspirantes des métiers de la Communication et des Médias…

Pour la première fois, Naole Média, le média de la communication en Afrique francophone, établit un listing des 40 femmes africaines les plus inspirantes...